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L’OPPOSITION INSTITUTIONNELLE AU CONGO EST UNE DISTRACTION DE MAUVAIS GOÛT…

Jamais un jour ne se passe sans qu’une mélodie rivalisant celle des sirènes ne soit entonnée autour de l’ « opposition institutionnelle » au Congo. Ici et là, on est friand et reste accroché aux textes et autres discours d’inspiration de cette opposition institutionnelle. Son public se complait à débattre du fond de ces textes, séduit qu’il est par un bel exercice de l’esprit, mais pourquoi pas, qui enchevêtre de belles tournures et autres répétitions académiques assimilées par la plupart des membres issus de ce groupement  « oppositionnel ».

Ce qui est bien plus grave, et tout dépend de quelle angle on se place depuis que l’on a perdu les repères dans ce pays, est loin d’être « le débat métaphysique [qui s’installe ou pas] au Parlement entre les gouvernants d’hier et ceux d’aujourd’hui » sur le FMI. La question touche plutôt le domaine de la psyché. Comment fonctionne le mental du dominé, de l’assujetti, de celui ou de ceux qui font ou veulent faire du débat autour du budget du gouvernement et du FMI, sujet dont ils ont la maîtrise, le fonds d’un commerce dans un pays qui est en feu et en flamme et où ces messieurs se font appelés « Excellences » pendant qu’ils se disputent les faveurs d’un même maître avec NKunda Batwaré et « Joseph Kabila ». Tous les deux réunis exterminent des milliers de Congolais. Leurs armes, faute de s’en servir à des fins utiles, condamnent des familles, des femmes, d’enfants et d’hommes congolais à l’errance, à la misère et au viol. À côté de cette race vivent accrochés de nouveaux reconvertis à l’idéologie du maître qui reprennent en leur compte des affirmations à double tranchant du genre « NKunda et son CNDP sont là et il faut faire avec» ?

La plupart des membres de cette opposition institutionnelle furent des dirigeants sous le défunt régime du maréchal Mobutu. Une expérience utile qui ne devrait pas leur interdire de se constituer « opposants », mais de retomber dans l’indélicatesse de choisir entre un soutien au régime et une opposition qui n’en est pas une. Leur participation subreptice cache mal une allégeance à un semblant d’ordre démocratique, un mal nécessaire destiné à entretenir une légitimité à tout prix recherchée.  

La pratique de l’opposition institutionnelle au Congo a eu à afficher ses limites. Les interpellations parlementaires, que la bande à Tshisekedi, Belchika, Ngalula Mpandajila et bien d’autres a faites subir, ironie du sort, à la plupart des adeptes de cette vieille forme oppositionnelle, qui relève du domaine du déjà-vu, ont certes eu l’avantage d’émasculer le régime du maréchal Mobutu mais sans totalement l’ébranler. Ce jeu de bling-bling est souvent un moyen destiné à entretenir la distraction et à détourner l’attention de la réalité à combattre. C’est dommage que se recrutent  parmi les défenseurs acharnés de l’opposition institutionnelle aujourd’hui ceux qui, hier,  ont eu à critiquer l’action du Vieux Etienne Tshisekedi et son mode d’emploi.  

Les mêmes causes produisent  presque les mêmes effets. Les mobutistes d’hier à la commande s’amusaient à débattre du budget au parlement, à compliquer les rencontres de l’USOR et des FPC, pendant que l’AFDL conduit par ses maîtres d’hier était déjà à la porte de Kinshasa. Tout en combattant énergiquement NKunda Batwaré, l’homme est annoncé à Goma alors que les mêmes qui eurent à traverser du RCD en passant par le MLC pour finir animateurs soit de l’AMP soit membres  de l’opposition institutionnelle se complaisent à discourir sur le budget d’un gouvernement aux abois. On saurait le dernier à être surpris de les voir nous rejoindre en exil à l’extérieur. Le salut du peuple congolais viendrait d’un nouveau leadership. 

Le Congo se trouve dans une sitution d’exception qui requiert l’application des mesures exceptionnelles. L’État du Congo n’est pas une démocratie. Non plus en voie d’être démocratisé pour que ceux qui se battent pour son projet futur se comportent en citoyens respectueux des lois face à leurs bourreaux. Paraphrasant François Mitterrand, on affirmerait sans risque d’être contredit que l’erreur de l’élite politique congolaise est d’avoir cru ou de croire qu’elle pouvait « reconstruire une maison alors qu’elle était en train de brûler sous le feu ». Le Congo de Lumumba, le Zaïre de Mobutu Sese Seko, le pays du rêve de Tshisekedi, est en feu et en flamme.  Il brûle. Faut-il chercher à éteindre le feu alors que la flamme est vive ? Faut-il laisser le Congo brûlé, parce qu’on est arrivé en retard,  et tenter de la reconstruire par la suite ?

Face aux manœuvres de NKunda Batwaré, de ceux qui l’ont fabriqué en se cachant dans ses habits, face au silence macabre et à l’irresponsabilité notoire d’un régime complice basé à Kinshasa qui a fini par se rendre à Canossa à Nairobi, les Congolais veulent des reponses aux questions suivantes :   « Qui est qui ? Qui doit être protégé, par qui ? À quoi ai-je droit du seul fait de mon appartenance à une ethnie, à une région, à une religion ou à une fraternité ? Qui peut prendre le pouvoir et diriger un pays, dans quelles circonstances, comment, pendant combien de temps et à quelles conditions ? Qui a droit au produit du travail de qui et contre quelles compensations ? Quand peut-on cesser de se plier à l’autorité sans être puni ? Qui doit punir qui et pour quelles raisons ? Qui doit payer l’impôt et quelle est sa destination ? Qui peut contracter des dettes au nom de qui, à quoi doivent-elles être dépensées et qui doit les rembourser ? À qui appartiennent les richesses d’un pays ? » (Mbembe, 2000 :97). En lieu et place des réponses qu’ils meritent, les Congolais sont distraits avec des discours autour de « logique d’émasculation de l’État » ou de celle « d’excision de [sa] souveraineté ». Les mêmes constats établis par les institutions de Brettons Woods. 

Le mal est enraciné dans létat de l’homme congolais dominé. Comment cet homme se comporte devant la volonté de sa domination par autrui. Achille Bembe précédement cité dans notre texte écrit dans son avant-propos à la seconde édition  de De La Postcolonie, Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine qu’ : « Au lieu d’expliquer la nature et les causes de la domination par les raisons convenues (colonisation, impérialisme, lutte des classes, ethnicité, [… Il] propose de localiser […] la source de la domination dans la rencontre intime entre la volonté de celui ou celle qui veut l’exercer et le désir de celui qui, se laissant séduire, s’y soumet ou tente de capter, de la miner et, éventuellement, de l’utiliser à son profit ». C’est à ce niveau de la rencontre que l’homme congolais en particulier et ceux qui se placent au devant de sa scène trébuchent.La rencontre se solde par une soumission. Hegel l’exprime d’une facon dans sa dialectique du maitre et de l’esclave, un combat de prestige entre  deux « consciences », l’une qui serait prête à tout, qui ne lesine sur aucun des moyens et l’autre qui se met dans une situation d’expectative embarrassé devant certains choix pourtant capitaux.  

Aussi longtemps que le Congolais n’evoluerait pas vers d’autres positions, il sera condamné à l »état d’esclavage. « Que faire, [s’interrogeait Nelson Mandela] lorsque l’on refuse à un homme de mener la vie dans laquelle il croit ? [Il répondait] Il n’y a pas d’autre choix que de devenir un hors-la-loi », (Mandela : 1995 : …)

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