Responsabilités à assumer ou à partager

Par Modeste MUTINGA

La succession des événements, les règles biologiques auxquelles la vie politique doit obéir pour autant que le temps restera le grand vainqueur me poussent à cette nouvelle réflexion. Force est de rappeler à certains esprits qui ont pris l’habitude de suivre les événements, qu’après examen et adoption du projet de Budget 2010, moyennant amendement par l’ Assemblée nationale, suivie de la deuxième lecture qui sera faite au Sénat, le réajustement de l’équipe gouvernementale devra absolument intervenir aussitôt après. Muzito ou pas comme Premier ministre, le Gouvernement réajusté devrait disposer d’un nouveau programme à exécuter.

Subsidiairement à ma Nota bene 4755, « Pouvoir misère du peuple », je préconisais la constitution « d’un gouvernement d’ouverture ». Celui-ci devrait connaître « la participation et l’implication de toutes les intelligences, y compris celles de l’opposition », disais-je.

J’ajoutais plus loin que, dans le cas contraire, « le chef de l’ Etat ferait appel, dans l’intérêt supérieur du pays, à des individualités politiques et technocrates, mues par le patriotisme et la volonté de réussir ». Et ce avant de souligner que la « majorité a l’obligation, morale et politique, de mesurer les enjeux à très court terme et d’agir en conséquence ».

Oui. Il existe des enjeux à « très court terme ». Il est donc interdit de se voiler la face. Il y a d’abord ces élections locales et communales projetées pour juin 2010 au plus tard. Ensuite, celles générales de 2011. Le tout sur fond de la fin de la présente législature qui interviendra, selon les premières estimations, dans 16 mois. Ce sont là des réalités politiques que l’on ne peut plus ignorer ni sous-estimer. Trêve de naïveté.

Voilà pourquoi je pensais à la mise en place d’un gouvernement d’ouverture face à ces enjeux à très court terme pour agir en conséquence. Gouvernement d’ouverture n’est nullement synonyme de « gouvernement d’union nationale, gouvernement de tout le monde ». Mais un gouvernement où toutes les responsabilités sont évaluées pour atteindre justement cette échéance à court terme sans se mordre les doigts après.

Je crois utile, en ces instants précis, d’évoquer la période du gouvernement de transition avec cette formule alambiquée de 1 + 4. C’était un « gouvernement inclusif » et tout le monde y était engagé avec ce « partage de responsabilités ». Ainsi, la section économico-financière était confiée au MLC à travers Jean- Pierre Bemba ; la défense et sécurité au RCD avec Azarias Ruberwa, et enfin le secteur socio-culturel à l’Opposition non armée représentée par Arthur Z’Ahidi Ngoma.

Si la gestion a été « collective », au moment de la présentation du bilan, la réalité a été tout autre. En effet, la campagne électorale pour les élections de 2006 aidant, la responsabilité n’a pas été assumée par tous, elle n’a pas été collective. Toutes les flèches empoisonnées étaient dirigées vers Kabila. Dans leur discours électoral, les anciens animateurs de la transition n’ont pas hésité un seul instant à se servir des invectives. Ils ont tous tiré sur le « pianiste » en cherchant à faire porter le chapeau de cette transition à une seule personne : le président Kabila. Seul contre tous, toute la campagne électorale était dirigée contre lui, comme s’il était seul à gouverner pendant la transition. Mais en passant, il n’est un secret pour personne que les contrats miniers qui font jaser maintenant ont été instruits, négociés par la commission Ecofin de la transition.

Cette expérience, riche en enseignements, m’a été rappelée, par certains ténors de la AMP qui m’ont apostrophé, à la suite de ma précédente Nota bene . Elle soulève même un certain nombre d’interrogations. Tenez.

Gouvernement d’ouverture avec qui ? Après trois ans de gestion de cette législature, quel a été l’apport de tous les partenaires et alliés à l’ AMP pour accompagner la volonté du président de la République à demeurer dans la logique de ses promesses électorales ? Qui sont près à assumer et à partager le bilan de cette législature ? Qui sont ceux qui sont disposés à accepter de partager les risques de la prochaine législature ou à les assumer ? Qui ne dit pas que les partenaires et alliés aujourd’hui de l’ AMP n’entreprendront-ils pas demain une campagne contre la majorité actuelle ? Autant de questions qui m’ont été posées, certaines sur un ton sévère.

Je laisse le choix à chacun de proposer des réponses adéquates à ces interrogations, car ni le temps ni les enjeux à très court terme ne tolèrent des tergiversations. Mais je me permets de relever que dans un premier temps, il faut privilégier l’intérêt général et le soulagement de la misère du peule congolais.

C’est dire qu’il faut imaginer un deal qui doit lier toutes les parties intéressées au prochain gouvernement d’ouverture, moyennant une « Charte » revisitée et renforcée dans la perspective d’une nouvelle coalition électorale. A moins que le PPRD et ses alliés actuels acceptent d’assumer jusqu’ au bout leur bilan par l’amélioration de leur gouvernance.

(*) Sénateur

Cet article a été publié le Jeudi 22 octobre 2009 dans la catégorie Nouvelles nationales. Vous pouvez suivre les commentaires grâce au fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un lien depuis votre site.

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